Communion Internationale dans la Grâce, Canada Juin 2014


Le Royaume de Dieu, partie 2

Ceci est la partie 2 d’une série de 6 par Gary Deddo sur l’important sujet, et pourtant souvent mal compris, du royaume de Dieu.

La dernière fois, nous avons vu comment Jésus est au cœur du Royaume de Dieu et qu’il est le Roi suprême des rois et le Seigneur des seigneurs. Cette fois, nous allons traiter des complications qui surgissent lorsqu’il s’agit de comprendre comment le Royaume de Dieu est présent actuellement.

La présence du Royaume en deux phases

La révélation biblique traduit deux aspects qui sont difficiles à concilier ensemble : que le Royaume est présent, mais qu'il est aussi à venir. Les théologiens et les spécialistes de la Bible ont souvent saisi l'un de ces deux aspects, donnant la proéminence à l'un ou l'autre. Mais un consensus important a été développé au cours des 50 dernières années, quant à la meilleure façon de comprendre ces deux dimensions du Royaume. Ce consensus coïncide avec qui est Jésus.

Le Fils de Dieu s'est incarné de la vierge Marie il y a environ 2000 ans, il a partagé notre humanité et il a vécu avec notre condition déchue ici sur la terre pendant 33 ans. S’étant revêtu de notre nature humaine [1] de la conception à la mort, de cette façon l'unissant avec lui-même, il a souffert notre mort jusqu’à la résurrection et après quelques jours d'apparitions, il est monté physiquement, autrement dit, il est resté uni à notre humanité, pour retourner en présence du Père avec une communion entière avec lui. Le résultat est que, bien qu’il partage toujours notre nature humaine maintenant glorifiée, il n'est plus présent de la même manière qu’il l’était avant son ascension. Il est, en quelque sorte, absent de la terre. Il a envoyé l'Esprit comme étant un autre Consolateur, pour être avec nous, mais lui, en sa propre personne n'est plus disponible pour nous comme il l’était. Mais il nous a promis qu'il reviendrait.

Parallèlement à ça est la nature du Royaume. En effet, il était « proche » et actif dans le ministère terrestre de Jésus. Il était si proche et disponible, que cela demandait une réponse immédiate, tout comme Jésus lui-même appelait à une réponse de foi en lui. Cependant, comme Jésus l’enseignait, son gouvernement et règne n'était pas encore venu dans sa plénitude. Il y avait plus à venir. Et cette époque va coïncider avec le retour du Christ (souvent appelée sa « seconde venue »).

Alors la foi dans le Royaume inclut aussi l’espoir de la venue du Royaume dans sa plénitude. Le Royaume était déjà présent en Jésus et continu d'être présent par son Esprit. Mais sa réalisation n'est pas encore arrivée. Ceci est souvent résumé en affirmant que le Royaume de Dieu est déjà là, mais encore à venir. Le travail minutieux de George Ladd a affermi cette manière de comprendre pour de nombreux croyants chrétiens orthodoxes/évangéliques, du moins dans le monde anglophone (voir aussi l’article de CIG au site www.gci.org/gospel/kingdom).

Le royaume et les deux âges

La compréhension biblique distingue clairement deux temps, deux âges, deux époques: « le présent âge mauvais » et ce qu'on appelle « l’âge à venir ». Nous vivons actuellement dans « le présent âge mauvais ». Nous vivons dans l'espoir « de l'âge à venir », mais nous ne vivons pas encore dans cette époque. Nous sommes encore, selon la perspective biblique, dans le présent âge mauvais. Nous vivons donc entre les deux époques. Les passages de la Bible qui indiquent clairement ce régime sont les suivants (la traduction Second 21 est citée dans cet article, cliquez sur les liens pour lire le verset cité dans la Bible Louis Second 1910):

    • « Cette puissance, il l’a déployée en Christ quand il l’a ressuscité et l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute souveraineté et de tout nom qui peut être nommé, non seulement dans le monde présent, mais encore dans le monde à venir » (Éphésiens 1:20-21).

    • « que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ. Il s’est donné lui-même pour nos péchés afin de nous arracher à l’actuel monde mauvais, conformément à la volonté de notre Dieu et Père » (Galates 1:3-4).

    • « Je vous le dis en vérité, personne n’aura quitté à cause du royaume de Dieu sa maison ou sa femme, ses frères, ses parents ou ses enfants sans recevoir beaucoup plus dans le temps présent et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Luc 18:29-30).

    • « Il en ira de même à la fin du monde: les anges viendront séparer les méchants d’avec les justes » (Matthieu 13:49).

    • [Certains] « ont goûté la bonté de la parole de Dieu et les puissances du monde à venir » (Hébreux 6:5).

Cette double compréhension des âges ou des époques est rendue malheureusement moins évidente par le fait que le mot grec pour « âge » (aion) est traduit de différentes façons, telles qu’« éternité », « monde », « pour toujours » et « il y a longtemps. » Ces traductions font contraster le temps avec l’éternité, ou ce Royaume terrestre avec un futur Royaume céleste. Alors que l'idée d'âges ou d’époques différentes inclut ces contrastes temporels ou spatiaux, en fait, elle fait ressortir un contraste beaucoup plus complet qualitativement entre les différents types de vie, maintenant et à l'avenir. Ainsi, dans certaines traductions, nous lisons que les graines qui poussent dans certains sols sont étouffées par « les préoccupations de ce monde» (Marc 4:19). Mais puisque le mot grec aion est utilisé, nous devrions également traduire par étouffées par «les préoccupations du présent âge mauvais. » De même dans Romains 12:2 nous lisons que nous ne devrions pas nous conformer à ce « monde », mais nous devons aussi comprendre que cela signifie de ne pas être conformes à cet « âge » actuel.

Les mots qui ont été traduits par la « vie éternelle » signifient aussi avoir la vie dans l'âge à venir. Ceci est rendu clair dans Luc 18:29-30, cité plus haut. La vie éternelle est « éternelle », mais il y a beaucoup plus dans cette vie, par rapport à la vie de ce présent âge mauvais, que simplement être beaucoup plus longue ! C'est une vie qui appartient à un âge ou à une époque complètement différente. Le contraste n'est pas simplement court par rapport à la vie infiniment longue, mais plutôt entre la vie à notre époque actuelle qui poursuit sa chute — infectée par le mal, le péché et la mort — et la vie dans le monde à venir, où toute trace de mal sera éradiquée. Dans l’âge à venir, il y aura un nouveau ciel et terre avec une nouvelle relation entre eux. Ce sera une qualité de vie d’un genre tout à fait différent — la sorte de vie de Dieu.

Le Royaume de Dieu est donc finalement orienté vers l'âge à venir, avec le genre de vie qui est éternelle et aussi avec le retour du Christ. Avant qu'il ne revienne, nous vivons dans le « présent âge mauvais » et nous attendons avec espoir l'âge à venir. Nous continuons à vivre dans des conditions déchues, où rien n'est idéal, où tout est loin d'être parfait, même si le Christ est ressuscité et est monté au ciel.

Le fait étonnant, toutefois, est que même si nous continuons à vivre dans le présent âge mauvais, par la grâce de Dieu nous pouvons expérimenter en partie le Royaume de Dieu dès maintenant. Il existe une façon qu'il soit présent ici et maintenant avant que le présent âge mauvais ne soit supplanté. Contre toute attente, le futur Royaume s’est immiscé dans le présent sans amener le jugement final de Dieu et la fin de cet âge. Le Royaume est ici et est maintenant présagé. Nous en avons un avant-goût. Nous bénéficions de certaines de ses bénédictions, ici et à présent. Et nous pouvons lui appartenir, ce qui signifie appartenir au Christ, ici et maintenant, même si nous vivons dans le siècle présent. Ceci est possible parce que le Fils de Dieu est venu dans le présent âge et a complété sa mission et il nous a envoyé son Esprit, même s'il n'est pas présent physiquement. Nous jouissons maintenant des prémices de son règne victorieux. Mais il y a une période intérimaire (ou une « pause eschatologique » comme T.F. Torrance aime l’énoncer) avant que le Christ ne revienne, où les objectifs de salut de Dieu se poursuivent en cet âge.

S'appuyant sur le vocabulaire biblique, les théologiens et les spécialistes de la Bible ont utilisé une variété de mots pour s’exprimer sur cette situation compliquée. Plusieurs, suivant George Ladd, ont exprimé ce contraste en affirmant que le règne de Dieu a été accompli en Jésus, mais qu’il est encore à être mis en place par Jésus lors de son retour. Le Royaume de Dieu est déjà présent, mais il n'est pas encore ici dans sa plénitude. Une autre façon d'exprimer cette réalité dynamique consiste à dire que le Royaume a été inauguré, mais nous attendons sa réalisation. Cette compréhension est parfois dénommée « eschatologie inaugurée ». Par la grâce de Dieu, l'avenir est arrivé dans le présent !

Les implications sont que la vérité entière et la réalité de ce que Christ a accompli sont actuellement invisibles de manière significative parce que nous vivons sous les conditions de la chute. Dans le présent âge mauvais, le règne du Christ est réel, mais encore caché. Dans l’âge à venir, le Royaume de Dieu se manifestera pleinement, car tous les éléments de la chute seront supprimés. Alors toutes les conséquences de l’œuvre du Christ seront glorieusement et universellement manifestées. [2] Le contraste qui est énoncé est entre un Royaume caché par rapport à un Royaume pleinement établi, et non pas entre un Royaume présent par rapport à un Royaume qui est absent.

L’Esprit et les deux âges

Ce point de vue du Royaume correspond à ce qui est révélé dans les Écritures sur la personne et sur le ministère du Saint-Esprit. Jésus a promis et, avec le Père, a envoyé le Saint-Esprit pour être avec nous. Il a soufflé son Esprit sur les disciples, et puis lors de la Pentecôte, l'Esprit est descendu sur ceux qui étaient rassemblés. L'Esprit a habilité l’Église primitive à être des témoins fidèles à propos de ce qui a été accompli en Christ afin que d'autres puissent entrer dans le Royaume de Christ. L'Esprit a envoyé le peuple de Dieu jusqu'aux confins de la terre pour proclamer l'Évangile du Fils de Dieu. Ainsi, nous nous associons à la mission de l'Esprit.

Cependant, nous n'avons pas encore reçu la plénitude complète de l'Esprit et nous espérons l’obtenir un jour. Paul indique que notre expérience aujourd'hui n’est qu'un début. Il utilise l'image d'un acompte, d’un gage et des arrhes (arrabōn) pour promouvoir l'idée qu’il s’agit d’une avance partielle, d’une assurance pour le don complet (2 Corinthiens 1:22; 5:5). L'image de l'héritage, utilisée dans tout le Nouveau Testament, traduit également l'idée d'avoir maintenant dans le présent, quelque chose qui va sûrement être plus grand à l'avenir. Notez ces paroles de Paul :

« En lui nous avons été désignés comme héritiers, ayant été prédestinés suivant le plan de celui qui met tout en œuvre conformément aux décisions de sa volonté… Il est le gage de notre héritage en attendant la libération de ceux que Dieu s’est acquis pour célébrer sa gloire…Je prie qu’il illumine les yeux de votre cœur pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de son glorieux héritage au milieu des saints (Éphésiens 1:11, 14, 18).

Paul utilise également l'image que nous avons à présent seulement les « prémices » de l'Esprit, pas la plénitude. Nous faisons actuellement l'expérience du début de la récolte, pas la bénédiction complète (Romains 8:23). Une autre image biblique importante est d'avoir un « avant-goût » maintenant de ce qui est à venir (Hébreux 6:4-5). Dans sa première épître, Pierre rassemble beaucoup de pièces du puzzle lorsqu’ il écrit à propos de ceux qui ont été « sanctifiés par l'Esprit » :

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ! Conformément à sa grande bonté, il nous a fait naître de nouveau à travers la résurrection de Jésus-Christ pour une espérance vivante, pour un héritage qui ne peut ni se détruire, ni se souiller, ni perdre son éclat. Il vous est réservé dans le ciel, à vous qui êtes gardés par la puissance de Dieu, au moyen de la foi, pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps » (1 Pierre 1:3-5).

Notre expérience présente dans l'Esprit Saint est indispensable, bien qu'elle soit cependant partielle. Notre expérience actuelle du ministère de l'Esprit est reliée à un accomplissement beaucoup plus grand qui sera pleinement manifesté un jour. Notre expérience actuelle favorise un espoir qui ne sera pas déçu.

Ce présent âge mauvais

Il est crucial de comprendre que nous vivons maintenant dans le présent âge mauvais. L’œuvre terrestre du Christ, bien qu’elle soit terminée et victorieuse, n'a pas encore éradiqué dans cet âge, dans cette époque, tous les effets de la chute et toutes ses conséquences. Alors nous ne devons pas nous attendre à ce que les effets de la chute ne soient effacés avant le retour de Jésus. Le Nouveau Testament témoigne que la condition déchue continue du cosmos (y compris l'humanité) est omniprésente. Dans sa prière sacerdotale de Jean 17, Jésus prie pour que nous ne soyons pas retirés de notre situation actuelle même s'il sait que nous allons souffrir et que nous serons rejetés ou persécutés dans cet âge. Dans son Sermon sur la montagne, Jésus a fait remarquer qu'ici et maintenant nous ne recevrons pas encore tout ce que le Royaume peut offrir, comme d'avoir notre faim et notre soif de justice rassasiée. Au contraire, nous éprouverons une persécution qui reflète sa propre persécution. Tout aussi clairement, il indique que nos désirs seront comblés, mais dans l'avenir.

L'apôtre Paul a fait remarquer que notre vraie nature, plutôt que d'être évidente, est « cachée avec le Christ en Dieu » (Colossiens 3:3). Il fait remarquer que nous sommes des vases de terre, contenant la gloire de la présence du Christ, mais qui n’apparaissent pas encore eux-mêmes glorieux (2 Corinthiens 4:7), et qui un jour rayonneront à partir de ce jour-là (Colossiens 3:4). Paul indique que « le monde dans sa forme actuelle passe» (1 Corinthiens 7:31, cf. 1 Jean 2:8, 17), mais qu'elle n'a pas encore atteint sa fin.

L'auteur de l’épître aux Hébreux admet d'emblée qu'il semble bien que toutes choses ne soient pas encore soumises à Christ et à son peuple (Hébreux 2:8-9), même si le Christ a vaincu le monde (Jean 16:33).

Dans son épître à l'église à Rome, Paul a fait remarquer comment toute la création « soupire et souffre les douleurs de l’accouchement » et comment «nous aussi, qui avons pourtant dans l’Esprit un avant-goût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la libération de notre corps » (Romains 8:22-23). Bien que le Christ ait complété son ministère terrestre, notre état actuel ne manifeste pas la plénitude de son règne et de sa victoire. Nous demeurons dans le présent siècle mauvais. Le Royaume est présent, mais pas encore dans sa plénitude.

Dans la prochaine partie, nous examinerons la nature de notre espérance dans l’établissement futur du Royaume et dans l'accomplissement complet des promesses bibliques.

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[1] Dans Hébreux 2:16 le mot grec, epilambanetai, est le mieux traduit par « saisir, » et non par « aider » ou par « concerné. » Voir Hébreux 8:9, où le même mot est utilisé pour décrire Dieu qui saisit Israël hors de l'emprise de l'esclavage de l'Égypte.

[2] Le mot grec utilisé dans tout le Nouveau Testament et qui est souligné du nom du dernier livre du Nouveau Testament est apocalypsis. Ce mot peut être traduit par « révélation », « manifestation », « découverte », « divulgation », « comparution » et « venue ».