Communion Internationale dans la Grâce, Canada Juin 2014


Le Royaume de Dieu, partie 1

Cet article, par Gary Deddo, est le premier d’une série de 6 parties adressant l’important sujet, et pourtant souvent mal compris, du royaume de Dieu.

Introduction

Au cours des siècles, le Royaume de Dieu a fait l'objet de beaucoup de doctrines chrétiennes, et ce, à juste titre. En conséquence, la controverse a surgi, plus particulièrement au XXe siècle. Le consensus est difficile à atteindre en grande partie à cause de la quantité et de la complexité du matériel biblique et des nombreux thèmes théologiques qui se croisent à ce sujet. Également en jeux, il y a les importantes différences d’explications et d'hypothèses théologiques que les exégètes et les pasteurs apportent comme bagage au travail et qui les conduisent alors à offrir un large éventail de conclusions.

Dans le but de faire croître notre foi de plus en plus dans la compréhension, dans cette série de six parties je passerai en revue les idées centrales liées au Royaume de Dieu. J'attirerai l’attention sur l’état des connaissances et sur la perspective des autres qui partagent la même base historique de foi chrétienne orthodoxe que nous professons à CIG — une foi qui est fondée sur les Écritures et qui est interprétée à partir de Jésus-Christ comme son centre. Il est celui qui nous conduit dans notre adoration du Dieu trinitaire qui est Père, Fils et Saint-Esprit. Cette approche du Dieu incarné et trinitaire, bien que fidèle, ne répondra pas directement à toutes les questions que nous pourrions avoir concernant le Royaume de Dieu. Mais elle fournira un fondement sûr et un guide fiable dans la poursuite d’une compréhension fidèle.

Au cours des 100 dernières années, il y a eu un consensus croissant sur les questions centrales parmi ceux qui sont impliqués dans les études bibliques et qui partagent ces convictions théologiques fondamentales qui s'harmonisent avec les nôtres. Ces convictions concernent la réalité et la fiabilité de la révélation biblique, une bonne approche de l'interprétation biblique (voir la série, Les Écritures : Le don de Dieu à update.gci.org/2013/04/scripture-gods-gift/) et des bases de la compréhension chrétienne (doctrine) concernant des questions telles que la divinité du Christ, la nature trinitaire de Dieu, la centralité du travail gracieux de Dieu accompli en Christ par l'Esprit-Saint et le travail rédempteur de Dieu à travers l'histoire pour le porter jusqu’à son achèvement — le but donné par Dieu ou telos.

Bien qu'il existe de nombreux érudits dont nous pourrions bénéficier, deux guides d'accompagnement semblent être particulièrement utiles pour rassembler les multiples morceaux de la preuve biblique concernant le Royaume : George Ladd, écrivant selon la perspective d'études bibliques ; et Thomas F. Torrance, selon la perspective de la théologie. Bien sûr, chacun de ces deux érudits a appris de plusieurs autres et s'inspire et se réfère à eux. Ils ont effectué une énorme quantité d’examens sur l'ensemble des études bibliques et théologiques. Ils accordent plus d'importance à ceux dont la compréhension s'accorde avec les hypothèses bibliques et théologiques les plus fondamentales mentionnées ci-dessus et qui semblent offrir les arguments les plus cohérents, les plus complets et les plus consistants concernant le Royaume de Dieu. Je vais préciser un certain nombre des aspects les plus importants de leurs conclusions et qui contribuent à notre foi grandissante et à approfondir notre compréhension. [1]

La centralité de Jésus Christ

Ladd et Torrance ont tous deux clairement indiqué avec insistance que la révélation biblique identifie sans ambiguïté le Royaume de Dieu avec la personne et la mission de Jésus-Christ. Jésus-Christ lui-même incarne et apporte le Royaume de Dieu. Pourquoi ? Parce qu'il est le roi de toute la création. Son ministère en tant que médiateur entre Dieu et sa création implique la royauté ainsi que des éléments sacerdotaux et prophétiques. Le Royaume de Dieu est réel et est présent dans et à travers Jésus-Christ, car il règne partout où il est. Le Royaume de Dieu est son Royaume. Jésus nous dit alors: «c’est pourquoi je dispose du royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé en ma faveur. Ainsi, vous mangerez et boirez à ma table dans mon royaume et vous serez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Luc 22:29-30).

Lors d’une autre occasion, Jésus déclare que le Royaume de Dieu lui appartient. Il dit: « mon royaume n'est pas de ce monde » (Jean 18:36). Alors le Royaume de Dieu ne peut être compris en dehors de qui est Jésus et de ce que représente sa mission entière. Toute étude des Écritures ou toute synthèse théologique de matériel exégétique qui n'interprète pas le Royaume de Dieu sur la base de la personne et de l’œuvre de Jésus-Christ sera hors du centre. Elle aboutira à un endroit différent de celle qui regarde à ce centre de vie de la foi chrétienne.

Travaillant à partir de ce centre, que pouvons-nous commencer à comprendre sur le Royaume de Dieu ? Il faut noter tout d'abord que c'est Jésus lui-même qui annonce l'arrivée du Royaume de Dieu et qu’il fait de ce thème complet son enseignement (Marc 1:15). Jésus apporte avec lui la présence effective du Royaume, pas juste un message sur le Royaume. Le Royaume de Dieu est en action partout où Jésus est — parce qu'il est le Roi. Le Royaume de Dieu a sa réalité dans la présence vivante et dans l'activité du Roi Jésus.

Poursuivant alors sur ce point, ce que Jésus dit et fait traduit le caractère de son Royaume. Le Royaume qu'il offre a un caractère identique au sien. Jésus offre un certain type de royaume, celui qui incarne son propre caractère et but. Nos idées du Royaume de Dieu doivent alors s’aligner avec qui Jésus est. Tout à ce sujet doit l’évoquer. Ça devrait ressembler, sonner, agir, sentir et se comporter d'une manière qui nous pointe vers lui et nous le rappelle, afin que nous vienne l'idée que ce Royaume est le sien — ça lui appartient et ses empreintes y sont partout. L'implication de ce lien est que le Royaume de Dieu consiste avant tout en un gouvernement ou au règne de Christ et non pas tant comme il l'a été dit, à un domaine ou à une localisation spatiale ou géographique. Partout où la Seigneurie du Christ agit conformément à sa volonté et à son but, là se situe le Royaume de Dieu.

Plus particulièrement, son Royaume doit être en lien avec ses desseins rédempteurs et donc être relié à son incarnation, sa vie vicariante, sa crucifixion, sa résurrection, son ascension et son retour pour nous et pour notre salut. Autrement dit, son règne en tant que Roi ne peut être compris séparément de son ministère de révélation et de médiation, car il est aussi Prophète et Prêtre. Toutes les trois de ces fonctions de l'Ancien Testament, représentées par Moïse, Aaron et David sont exceptionnellement unies et accomplies en lui.

Le but de son règne et de sa volonté est d’amener sa création dans et sous sa protection gracieuse et bienfaisante, c'est-à-dire en une congrégation de relation et de participation avec lui en nous réconciliant avec Dieu à travers sa propre offrande. Le résultat final d’être sous son règne est pour nous de partager son règne et d’expérimenter tous les bienfaits de son Royaume. Et ce règne sera caractérisé par l'amour de Dieu pour nous dans le Christ et élaboré en nous par l'Esprit. La façon dont Jésus a incarné l'amour de Dieu et l’amour du prochain, constitueront des indices de la participation à son Royaume. Le Royaume de Dieu est une congrégation, un peuple, une communauté en communion avec Dieu par Jésus-Christ et ainsi en est-il avec les autres dans l'esprit de Jésus-Christ.

Mais un tel amour en communauté, comme partagé en Christ, émanera d'une confiance réelle (foi/conviction) dans le rachat, dans le Dieu vivant et dans son règne continuellement exercé par le Christ. Ainsi donc, la foi ou la croyance en Jésus-Christ entraînera nécessairement la participation à son Royaume. C'est parce que non seulement Jésus proclame la proximité du Royaume de Dieu alors qu’il s’approche de nous, mais également il nous appelle à une réponse de croyance (la foi/confiance) en sa présence, qui l’accompagne. Nous lisons donc : «Après que Jean eut été livré, Jésus alla dans la Galilée, prêchant l’Évangile de Dieu. Il disait : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle » (Marc 1:15). La croyance dans le Royaume de Dieu est indissociable à la foi en Jésus-Christ. Mettre notre foi en lui consiste à mettre notre confiance dans son gouvernement ou dans son règne, c'est-à-dire dans son Royaume de bâtisseurs de relation. Aimer Jésus et le Père à travers lui consiste à aimer et à avoir confiance dans toutes ses voies qui sont exprimées dans son Royaume.

Jésus est le roi des rois sur tout l'univers

Le règne du Royaume de Jésus-Christ est universel et incomparable. Il n'y a aucune partie du cosmos qui ne tombe sous son emprise rédemptrice. C’est pourquoi Jésus proclame que toute autorité lui a été soumise dans les cieux et sur la terre (Matthieu 28: 18) — autrement dit, toute la création. Toutes choses ont été créées par lui et pour lui, note l'apôtre Paul (Colossiens 1:16).

Faisant écho aux promesses de Dieu à Israël, Jésus-Christ est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (Psaume 136:1-3; 1 Timothée 6:15 ; Apocalypse 19:16). L'étendue de son règne correspond exactement à ce qu’il est : celui par qui toutes choses ont été faites et qui maintient tout dans l'existence par sa puissance et sa volonté vivifiante (Hébreux 1:2-3 ; Colossiens 1:17).

Il devrait être évident que ce Jésus, le Seigneur de l'univers, n'a pas d'équivalents — pas de rivaux, ni en termes de création ni en termes de notre grande rédemption. Bien qu'il y a eu des concurrents, des prétendants et des usurpateurs qui n'avaient aucun pouvoir ni la volonté de créer ou de donner la vie, Jésus a vaincu, a eu raison, de tous les ennemis qui ont refusé son règne. En tant qu’agent incarné du Père dans la puissance de l'Esprit, ce Fils s'oppose à tout ce qui s'oppose à cette bonne création et aux bons objectifs de Dieu pour toute la création. La force de son opposition à tout ce qui mutile et détruit sa bonne création et s'écarte de sa glorieuse destinée est proportionnelle à son amour pour sa bonne création. S'il ne s'opposait à ce qui pourrait annuler sa création, il ne serait pas son Seigneur aimant. Ce Jésus avec son Père céleste et son Esprit-Saint est implacablement opposé à tout mal qui déforme, tord et détruit la vie et les relations amoureuses tout d'abord avec lui et à son tour avec les autres et la création. Pour parvenir à ses fins ultimes originales, toute opposition à son règne et à son droit doit se soumettre dans la repentance ou doit être défaite. Le mal n'a aucun avenir dans le Royaume de Dieu.

Alors Jésus se considère et il est représenté par les témoins du Nouveau Testament comme étant un Rédempteur victorieux qui délivre son peuple de tout mal, et de tous les ennemis. Il rend la liberté aux captifs (Luc 4:18; 2 Corinthiens 2:14). Il nous transfère des royaumes des ténèbres à son Royaume de lumière (Colossiens 1:13). Il « s’est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père» (Galates 1:4). Il est juste en ce sens que Jésus a « vaincu le monde » (Jean 16:33). Et ce faisant, il « fait toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21:5 ; Matthieu 19:28). La portée cosmique de son règne et le bannissement absolu du mal sous Sa Seigneurie décrivent au-delà de notre imagination la merveille de son règne du Royaume gracieux.

La prochaine fois, dans la deuxième partie, nous discuterons de comment le Royaume est présent dans ces deux grandes phases.

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[1] Pour les travaux pertinents de Thomas F. Torrance, voir ses deux volumes, Incarnation : The Person and Life of Christ et son livre suivant, Atonement: the Person and Work of Christ. Pour les travaux pertinents de George E. Ladd, voir son œuvre A Theology of the New Testament. Il est à noter que nous ne sommes pas obligés de suivre servilement l’un ou l'autre des enseignements de ces hommes et que nous pouvons déroger à un point particulier pour de bonnes raisons qui sont soutenues par la révélation biblique et lorsqu’il semble y avoir une meilleure compréhension théologique alternative.