Communion Internationale dans la Grâce, Canada Juin 2014


Ne pleure pas pour Jésus

Une méditation sur la semaine sainte par Gary Deddo

« Ne pleure pas pour Jésus » a été l'un des sermons les plus mémorables http://update.gci.org/wp-content/uploads/2014/04/deathofchrist.jpgque j'ai jamais entendus. Il a été donné par Dr Lewis Smedes (photographié ci-dessous) au service à la chapelle du Séminaire Fuller. J'y assistais en tant qu’étudiant pendant la semaine sainte dans l'espoir d'être mieux préparé à entièrement apprécier la crucifixion et la résurrection du Christ. Mes prières furent exaucées de manière évidente ce jour-là. J'ai entendu un message qui a collé avec moi depuis.

Quel fut le propos du professeur Smedes qui m'a frappé comme étant tellement profondément juste ? Il voulait nous faire voir aussi clairement et précisément que possible, que Jésus n'était pas une victime et qu'il ne voulait pas que nous le prenions en pitié ou de nous sentir désolés pour lui. J'ai pensé à l'époque, « Quoi ? Comment pouvons-nous ne pas nous sentir désolés pour lui, après tout ce qu'il a traversé pour nous? » Alors qu’il procédait avec son message, j'ai compris ce que Smedes voulait dire et combien c’était vrai.

Lewis Smedes 1921-2002Professeur Smedes nous a faits tenir compte de deux choses : tout d'abord, comment l’histoire réelle de Jésus nous est racontée par les auteurs du Nouveau Testament et la seconde, une comparaison entre Jésus et les héros tragiques grecs comme le demi-dieu Achille.

Permettez-moi tout d'abord de brièvement vous raconter le résultat de cette comparaison. Les dieux grecs, aussi grands fussent-ils, souffraient souvent à cause de leurs propres activités immorales et celles des autres dieux. Mais leurs plus grandes souffrances étaient tragiques, parce qu'elles étaient dues à des circonstances indépendantes de leur volonté. Ces dieux étaient nés avec leurs différentes forces et faiblesses. Aucun d'entre eux n’était parfait. Ils naissaient dans des situations qu’ils n’avaient pas créées et qui comportaient souvent jalousies, complots de vengeance et guerres de pouvoir entre divers autres dieux. Ces héros tragiques étaient toujours victimes de leurs circonstances alors que l'inévitable roue du destin se retournait tôt ou tard contre eux. Mais c'était leurs vulnérabilités qui allaient les conduire inévitablement à leurs souffrances et défaites les plus tragiques, comme le lamentable talon d'Achille. N'était ce du fait que, malgré toute son armure, le talon d’Achille fut exposé, et que sa mère déesse avait été empêchée involontairement par son père mortel de remplir les rituels quotidiens qui auraient rendu Achille immortel, la flèche de Paris n’aurait jamais trouvé sa cible fatale. Dans certaines versions du mythe, le Dieu Apollon, pour ses propres raisons, est intervenu et a guidé cette flèche pour percer Achille juste à ce minuscule point non protégé. Comment ne pouvez-vous pas vous sentir désolé pour Achille ? L'injustice de tout cela. Sans aucune faute de sa part, le plus grand de tous les guerriers grecs fut abattu.

Bien que nous ne pensions certainement pas à Jésus comme un héros tragique grec, j'ai réalisé après réflexion que sa croix est souvent décrite en termes tragiques. Jésus est souvent représenté comme une victime des circonstances qui remontent directement à la chute de l'humanité. Jésus est envoyé pour être notre Sauveur, parce que l'humanité s'est rebellée et a besoin d'être réconciliée et régénérée si nous voulons partager dans la communion et la fraternité éternelle et trinitaire de Dieu et que l'intention originale de Dieu à la création se réalise.

Dans le Nouveau Testament, on retrouve, Jésus, le Fils de Dieu, vivant à une époque où la nation juive est occupée par les Romains païens. Parmi son peuple, les Pharisiens et les Sadducéens, les chefs religieux sont impliqués dans leurs différends entre eux. Pourtant, ils parviennent à former une alliance pour comploter l'arrestation et l'exécution de Jésus. Plus près de lui, il y a un traître parmi ses propres disciples, Judas, qui le trahit — avec rien de moins qu’un baiser. Jésus est tout d'abord trahi entre les mains de la Cour des grands prêtres et ensuite entre les mains de Pilate, qui est lui-même coincé entre les forces rivales de l'empereur et la foule qui pourrait se révolter dans la violence.

Enfin, Jésus souffre le traitement brutal et cruel des soldats romains qui lui arrachent ses vêtements, se moquent de lui, le fouettent, puis le conduisent à Golgotha où il est mis à mort sur le mécanisme d'exécution romain, une croix.

Compte tenu de ces circonstances tragiques du sacrifice de Jésus, pourquoi ne devrions-nous pas considérer Jésus comme une victime tragique ? Non pas parce qu'il n'a pas payé un prix incroyablement élevé pour nous et pour notre salut. Non pas parce qu'il n'a pas réellement souffert et n’est pas mort.

Mais simplement parce qu'il n'était pas victime de ces circonstances, et parce qu'il n'avait aucune faille fatale !

Le coût de notre salut a été prévu et anticipé avant même que les fondements de la terre fussent établis. Dieu n'a pas été pris par surprise par la chute ni par notre besoin ultérieur d’une délivrance coûteuse. Mais notre Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, de toute éternité comptèrent le coût, et payèrent le prix et convinrent qu'ils étaient prêts et heureux de payer le prix pour notre délivrance du mal et pour notre réconciliation. Le plan de la création fut donc mis en branle et réalisé sachant très bien le prix à payer pour réparer les choses, pour que la justice de Dieu soit faite.

Jésus savait pourquoi il était venu et ce que coûterait son œuvre de Salut. Sa mission a été choisie librement. Il a été envoyé librement et librement donné par le Père par l’union de leur riche amour commun pour le monde. Jésus dit à plusieurs reprises à ses disciples ce qu'il aurait à traverser, même s'ils ne pouvaient pas imaginer qu’il soit si complètement rejeté par leurs chefs religieux et les autorités politiques au point que cela le conduise à sa mort. Jésus était loin d'être ignorant, naïf, du chemin qu'il aurait à prendre pour faire toutes choses nouvelles.

Jésus nous dit que, comme un bon berger, quand le danger menace ses brebis, il donne sa vie — et la reprend aussi (John 10:17). Jésus librement, volontairement, ne renonce pas seulement à sa vie, mais il la reçoit aussi en retour. Quand Pilate pense qu'il doit rappeler à Jésus qu'il a le pouvoir de vie et mort sur lui, Jésus doit rappeler à Pilate qu'il n'a aucun pouvoir sauf ce qu’a permis Dieu, son Père (Jean 19:10-11).

Dans le jardin, quand un de ses disciples décide par lui-même de défendre Jésus avec une épée, Jésus rappelle à tous que l’armée angélique entière de son Père est disponible pour le protéger à tout moment s'il devait y faire appel (Matthieu 26: 53). Jésus n'est pas victime du destin, des circonstances ou des puissances supérieures à lui-même. Il est en charge. Il sort de Jérusalem que lorsque son heure est venue, pas plus tôt, pas plus tard.

La souffrance de Jésus n'est pas le résultat d'une grande ou petite faille en lui. Loin de là ! Il n'y a pas une ombre passagère de faiblesse personnelle évidente dans son exercice confiant de l'omnipotence divine alors qu'il s'acquitte de sa mission rédemptrice. C'est plutôt par le biais de sa force et son autorité opérant de pleins concerts avec son Père qu'il arrive au bon moment pour exercer la puissance salvatrice sur le péché, le mal et la mort elle-même. Son acte de don de soi est un travail de force délibérée basée sur la force de son saint amour.

Jésus n’est pas un héros tragique, mais l’omnipotent, Seigneur et Sauveur volontaire.

Probablement encore plus étonnantes sont les paroles de Jésus sur le chemin de Golgotha, même alors qu’il portait le poids énorme de la traverse de sa propre crucifixion. Voyant les femmes debout, sans doute extrêmement désemparées et angoissées, jaillissant du fond de sa compassion, Jésus trouva la force de leur dire quelque chose qu’elles et nous avons besoin de savoir: « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas pour moi » (Luc 23:28).

Jésus ne veut pas que nous le prenions en pitié comme une victime malheureuse qui souffre parce que cela était inévitable, destiné par des forces auxquelles il ne pouvait pas résister. Il n'est pas à la recherche de notre pitié — il a foulé cette route, la Via Dolorosa, comme on l'appelle, à dessein, par conception divine. Il a délibérément pris ce voyage et rien, pas même la torture aux mains violentes de la méchanceté humaine, ne pouvait l'arrêter. Nous pouvons pleurer pour nous-mêmes, si nous devons, c'est-à-dire être tristes pour nos péchés. Mais Jésus n'est pas venu pour chercher à recueillir nos larmes. Plutôt son amour coûteux réclame que nous lui offrions nos remerciements, notre louange, notre gratitude, notre amour, notre absolue confiance et loyauté, en effet notre vie elle-même dans l'adoration éternelle.

Jésus a non seulement librement, mais aussi avec joie donné sa vie afin qu’en lui nous puissions avoir la vie de résurrection. L'auteur d'Hébreux le résume donc ainsi: «en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix» (Hébreux 12:2).

En vue de la joie ? Oui, la joie. Mais comment est-ce possible ? En bref, parce que Jésus n'était aucunement un imbécile. Le prix qu'il a payé en valait la peine, et il le savait. Il n'a aucun regret ! Il n’a pas joui de la souffrance. Pas du tout. C'était atroce. Mais il s’est réjoui de ce que lui, avec le Père et l'Esprit allaient accomplir au moyen de son autosacrifice extravagant. Jésus n'était pas une victime, mais le Vainqueur. La certitude de sa victoire lui a donné une grande joie qui l'a supporté à travers ses agonies. Par la grâce et la puissance de Dieu, la crucifixion conduirait à la résurrection et à un nouveau ciel et une nouvelle terre.

Jésus n'était pas un Sauveur réticent, mais le Serviteur-Roi conquérant de toute la création.

C'est la bonne nouvelle que le professeur Smedes a prêché et dès ce moment, j'ai réalisé que je ne pouvais désormais plus penser, prêcher ou enseigner comme si Jésus était une victime pour laquelle nous devrions nous sentir désolés.

J'ai dû renoncer à toutes les illustrations de la croix que j'avais entendues dans des contextes chrétiens libéraux et conservateurs qui dépeignaient Jésus comme une victime. Elles donnaient lieu à toutes sortes d’idées et comparaisons sur Jésus — d'une mère lapine gelée dans une tempête de neige pour sauver son petit lapereau, à un tout petit enfant innocent écrasé par un train ou broyé dans les engrenages d'un pont-levis — tout cela survenant pendant que son père horrifié et impuissant observait de loin. Pris en quelque sorte au dépourvu et face à un dilemme horrible, ce Père-victime devait choisir entre son Fils et l'humanité. Et donc, il tire le levier qui scelle leur destin respectif. Dans ces illustrations, à la fois le Fils et le Père sont dépeints comme victimes des circonstances et de leurs propres limites qui réclament notre pitié. Comme personnages tragiques ils correspondent, voire dépassent, le triste état immortalisé dans le mythe d'Achille.

Peut-être plus théologique que ces analogies égarées sont certaines interprétations de la croix qui dressent le Père contre le Fils. Il est parfois dit que le Père déverse sa colère sur le Fils — le punissant pour satisfaire sa justice. Dans ce cas, la tragédie se produit entre le Père et le Fils (certains, qui ont complètement rejeté l'idée de la croix, sont allés jusqu'à prétendre que si c’est le cas, le Père est alors le bourreau et le Fils la victime!). Ou le Fils est décrit comme ayant à surmonter la résistance du Père à être miséricordieux et indulgent, en faisant appel à sa propre souffrance afin d’être pris en pitié par le Père et donc l'amener à faire fléchir sa colère. Par ces perspectives, les volontés, les attitudes et les objectifs du Père et du Fils sont en désaccord et ne peuvent être résolus que par la souffrance du Fils. Combien tragique ! Et remplis de pitié, nous répliquons : « Si seulement il n'en était pas ainsi ! »

Parfois, nous imaginons une scène de Cour contradictoire moderne où le Père est représenté par le juge qui veut condamner le coupable, et Jésus est l'avocat de la défense espérant aider la partie défenderesse à éviter la peine requise par la loi. Heureusement, Jésus conçoit un moyen pour nous faire éviter la punition que nous méritons. C'est un plan contre lequel le Père ne peut pas argumenter puisqu'il ne semble pas impliquer aucune violation de la Loi. Ne trouvant aucun motif d'objection, le Père-Juge doit concéder : Jésus gagne le procès pour nous.

Mais la révélation biblique nous montre le Dieu Trinitaire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit n’étant que d’une seule pensée, un seul but, unis dans leur être et leurs actes et tout ceci pour une même fin, notre salut. Le Père envoie le Fils dans la puissance de l'Esprit. Le Fils vient et sert librement par amour pour le Père et avec joie dans l'Esprit. Le Saint-Esprit donne au Fils le pourvoir de surmonter la tentation et vaincre le mal lui-même afin de libérer les captifs, ouvrir les yeux des aveugles, remettre en liberté les opprimés et apporter le Jubilé promis du Seigneur.

Aucune exception n'est faite à la croix. Notre péché est jugé et condamné en Jésus. La colère de Dieu vise à brûler le mal et le péché en nous qui a corrompu notre propre nature. En mourant en lui, nous sommes séparés et sauvés du mal en nous pour la vie éternelle. On nous donne une part dans l’humanité restaurée et sanctifiée en Christ. La colère de Dieu sert sa miséricorde. Sa justice sert son amour. Il n'y a aucune tension entre les attributs de Dieu ni entre le Père et le Fils. Il n'y a aucune relation tragique au cœur de l'Évangile. À la croix le Fils «par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même sans tache [sans faille] à Dieu » (Hébreux 9:14). Notre salut est l’œuvre unie de tout le Dieu Trin, notre Sauveur — Père, Fils et Saint-Esprit.

Au pied de la croix, Christ ne nous appelle pas à se joindre à lui dans une grande célébration de pitié : le Père s'apitoyant sur le Fils, le fils s'apitoyant sur le Père, Jésus s'apitoyant sur nous et nous, nous sentant oh, tellement désolés pour lui. Car Jésus n'était pas une victime tragique. Au contraire, nous nous réunissons au pied de la croix pour vouer un culte dans l’émerveillement indicible, avec adoration, action de grâce, louange et prière pour la victoire coûteuse du Christ. Par sa joyeuse vie librement donnée, il nous a justement restaurés dans la communion et la communion éternelle avec Dieu notre Rédempteur Trin.